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Crise agricole : "catastrophe", "concurrence insoutenable", les agriculteurs européens hostiles à l'entrée de l'Ukraine dans l'UE
information fournie par Boursorama avec Media Services 01/03/2024 à 09:25

Manifestation d'agriculteurs polonais à Dorohusk, en Pologne, le 9 février 2024. ( AFP / WOJTEK RADWANSKI )

Manifestation d'agriculteurs polonais à Dorohusk, en Pologne, le 9 février 2024. ( AFP / WOJTEK RADWANSKI )

Pour le patron du principal syndicat allemand Deutsche Bauernverband, Joachim Rukwied, l'entrée de l'Ukraine dans l'UE "conduirait finalement à la disparition de l'agriculture familiale en Allemagne et en Europe".

L'ancien grenier à blé soviétique va-t-il rentrer dans l'Union européenne ? Cette perspective provoque une hostilité croissante chez les agriculteurs européens, en pleine crise. Pas un jour sans un geste de colère : manifestation en Bulgarie, déversement de céréales ukrainiennes à la frontière polonaise, rassemblement de 900 tracteurs à Bruxelles... "Nous voulons bien aider mais pas à n'importe quel prix", ont clamé des agriculteurs roumains.

L'intégration de l'Ukraine serait "une catastrophe" selon le syndicat agricole FNSEA majoritaire en France, première puissance agricole européenne. Le patron du principal syndicat allemand Deutsche Bauernverband, Joachim Rukwied, abonde : "cela conduirait finalement à la disparition de l'agriculture familiale en Allemagne et en Europe". En cause : les vastes terres arables ukrainiennes qui font du pays, même en guerre, un exportateur majeur de blé, maïs et tournesol, produits libérés de droits de douane au nom de la solidarité européenne, mais encore loin des standards européens notamment en matière de pesticides.

"L'agriculture ukrainienne s'intègre déjà à l'UE", plaide Kiev

Pour les céréales, "les dix plus grandes entreprises contrôlent plus de 70% du marché et la taille moyenne des exploitations agricoles en Ukraine est de 1.000 hectares… contre 16 hectares dans l'UE", relève Stefan Lehne, un chercheur du think tank Carnegie Europe, dans une note en septembre. "On ne peut pas lutter à armes égales, parce que les coûts de production sont différents, avec des effets d'échelle", résume le président des chambres d'agriculture polonaises, Wiktor Szmulewicz, dénonçant une concurrence insoutenable pour le sucre ou les fruits rouges, secteur nécessitant une importante main d'oeuvre.

"En réalité, l'agriculture ukrainienne s'intègre déjà à l'UE, il faut comprendre que nous achetons beaucoup de matériel de semence ou de produits phytosanitaires de l'UE", a plaidé Taras Kachka, vice-ministre ukrainien de l'Économie, lors d'un point presse à Bruxelles en octobre. Le patron des céréaliers français, Eric Thirouin, reconnaît que l'Europe serait alors "dans une logique de paix, face à la Russie qui utilise le blé comme une arme alimentaire". Mais, prévient-il, il faudrait que l'intégration se fasse "très progressivement" et "pas au détriment des pays européens".

Il faudra alors partager le gâteau de la Politique agricole commune (PAC). Une récente étude de la Hertie School (institut Jacques-Delors) estime qu'en cas de pleine intégration de l'Ukraine, en appliquant les règles budgétaires actuelles, les dépenses annuelles supplémentaires de l'UE s'élèveraient à 13,2 milliards d'euros. Sur cette somme, 57% serait allouée via la PAC, soit 7,6 milliards - contre par exemple 9 milliards pour la France aujourd'hui. Percevant le risque de déséquilibre, le commissaire européen à l'Agriculture Janusz Wojciechowski a suggéré que l'UE plafonne les paiements aux plus grandes entreprises agricoles.

La Pologne n'exclut pas de fermer "temporairement" sa frontière aux marchandises ukrainiennes

En attendant, Polonais, Roumains ou Bulgares ont accepté que les grains ukrainiens transitent par leur territoire, mais ils réclament l'assurance qu'ils vont en ressortir, pour aller nourrir le monde et cesser de faire baisser les prix. Pendant des mois, la position commune des 27 fut celle d'une solidarité sans faille avec Kiev : après l'invasion russe, l'Europe a créé des "corridors de solidarité" terrestres et fluviaux qui ont permis d'exporter 61 millions de tonnes de produits agricoles entre mars 2022 et janvier 2024. Cette route européenne, indispensable pour Kiev après la décision russe de fermeture du corridor en mer Noire en juillet, est aujourd'hui devenue secondaire. Kiev a repris seule ses exportations via le Bosphore et c'est des ports de la région d'Odessa que part désormais l'essentiel de ses produits. Mais pour les fermiers européens, le mal est fait : "Alors que l'Ukraine exportait historiquement 20.000 tonnes de sucre vers l'UE, ces volumes pourraient dépasser 700.000 tonnes" en 2023-24, selon les producteurs français de betterave sucrière.

Fin janvier, Bruxelles a annoncé un mécanisme pour réintroduire des droits de douane pour les produits "sensibles" : volailles, oeufs et sucre. Les céréaliers ont aussitôt réclamé des mesures similaires pour les blés, orges et maïs, mettant en garde contre un risque de "dislocation du marché commun" si Bruxelles faisait la sourde oreille. Mercredi, le Premier ministre polonais Donald Tusk, pourtant soutien fort de Kiev, n'a pas exclu de fermer "temporairement" sa frontière aux marchandises ukrainiennes.

11 commentaires

  • 02 mars 12:48

    ah une blague pout les lapins d'un jour L'Ukraine a payé le droit d'entrée dans l'UE de son sang ... juste un pays qui défend son territoire et des medias qui veulent nous faire croire que les russes attaqueront la Pologne ou autres après ce n'est pas notre guerre un peu d'histoires et de vérité pour les névrosée de bfmtv et Lci https/www.Youtubecom/est? v=VQ0_nkcHqkM


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